Le Bureau des Rêves

#5 · Asie

Népal > Inde

décembre 2014 – janvier 2015 · Moto et side-car

Mesdames et Messieurs, nous venons d’atterrir à l’aéroport international Tribhuvan, à Katmandu. La température extérieure est de 25°C. Au nom de la compagnie je vous souhaite un agréable séjour au Népal.

DU NEPAL A L'INDE: EN SELLE !

Au guidon de belles anglaises

30 décembre 2014. Demain nous entrerons avec le Bureau en 2015. Pour fêter cela, nous avons choisi un nouveau mode de transport. Comme vous le savez, qui dit nouveau tronçon dit changement de moyen de locomotion. C’est donc derrière le guidon de belles anglaises, devenues indiennes, qu’après un réveillon bien arrosé, nous partons sillonner le toit le monde. Les Royal Enfield, motos de légende, sont réputées incassables. Elles semblent donc être un moyen idéal de partir à la conquête de l’Himalaya et de s’approcher de ses sommets enneigés.

Nous évoluons enfin sous des latitudes plus clémentes. Si le piètre état des routes a remplacé le froid de la Mongolie et de la Chine dans la liste des réjouissances, il fait néanmoins bon piloter sur ces routes sinueuses. Nous passons Pokhara, la deuxième ville du pays. A l’approche du parc des Annapurna, notre objectif, des trombes d’eau s’abattent sur nous. Nous faisons régulièrement haltes dans des bouis-bouis au bord de la route pour boire un *chai *(thé) et tenter de nous réchauffer. Un sentiment de liberté nous envahit lorsque nous nous penchons dans les virages, lorsque le vent gonfle nos manteaux gorgés d’eau, lorsqu’enfin nous apercevons les pics immaculés culminant à plus de 8000 mètres.

La Grande Vadrouille

Le 11 janvier, nous passons la frontière indo-népalaise de Sunauli. La circulation népalaise n’était qu’un avant-goût de ce qui nous attend dans le sous-continent. Si l’état des routes s’est considérablement amélioré ces dernières années, la conduite indienne est un art subtil et périlleux, qu’il convient d’aborder avec prudence.

Arrivés à Delhi, l’étouffante capitale indienne, nous partons en quête du dernier moyen de transport motorisé du voyage : un tricycle ! Nous hésitons encore entre deux options : un side-car et un auto-rickshaw, ou tuk-tuk…En réalité nous savons déjà tous deux que notre choix s’arrêtera sur le premier. S’il est facile de trouver une moto, dénicher un side-car n’est pas une mince affaire. Presque découragés après avoir sondé tous les vendeurs du quartier de Karol Bagh, nous nous hasardons une dernière fois dans un garage poussiéreux. Le propriétaire prétend y détenir notre graal. Nous nous hissons jusqu’au grenier et y découvrons, stupéfaits, une caverne d’Ali Baba. Le side-car est bel et bien la, échoué au milieu d’autres vieilleries.

La moto et le side-car trouvés, il s’agit maintenant de les assembler. Hé oui ! Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Nous trouvons finalement un mécanicien qui se fait une joie de nous aider. Il nous prévient qu’il va avoir recours au *jugaad, *le système D local…Ce à quoi nous lui répondons : « Qu’importe ! Pourvu que le tout soit solide et que l’on puisse traverser le nord du pays avec… ».

Trois jours plus tard nous quittons Delhi, l’un au guidon de la Royal Enfield Bullet de 2005, l’autre « confortablement » installé dans le side-car. Premières sensations fortes ! La vitesse et la proximité du terrain rendent cette expérience unique. Notre nouveau moyen de transport fait un tabac. Les indiens sont sous le charme de notre embarcation de fortune. A chaque arrêt, un attroupement se crée autour de nous. Les badauds s’arrêtent, avec une curiosité toute indienne. Les regards se croisent, les rires éclatent. Les enfants courent derrière le side-car lorsque nous repartons. En France, ce véhicule nous rappelle la Grande Vadrouille. Hé bien Bollywood n’est pas en reste puisque le film Sholay, dans lequel les deux héros, Jay et Viru, conduisent en toute insouciance une moto avec side-car, est un des plus grands succès du cinéma indien. A notre passage on nous regarde éberlués et on entend souvent : « Jay and Viru ! Sholay ! »

Pour autant notre aventure n’est pas toujours une partie de plaisir. La fatigue, les pluies diluviennes et les avaries mécaniques ne nous facilitent pas la tache. En effet le circuit électrique de la moto nous donne du fil à retordre. N’oublions pas qu’en Inde tout est possible ! On se fait par exemple remorquer par un tuk-tuk au fin fond de l’état de l’Uttar Pradesh, dans un village où on apprend que les habitants n’ont jamais vu de blancs.

Le 28 janvier, huit jours et quelques 1400 laborieux kilomètres après notre départ de Delhi, nous entrons dans Calcutta, la Cité de la Joie.

DE LA SPIRITUALITE DANS LE SOUS-CONTINENT

Le pays des dieux

Le Népal est un pays emprunt de spiritualité. Hindouisme et Bouddhisme y cohabitent et rythment le quotidien de la population. Il n’y a qu’à se balader dans les ruelles encombrées de Katmandu et observer comment chaque autel est recouvert d’œillets, de fleurs, d’encens. Il y a une réelle emprunte spirituelle, présente jusque dans les montagnes de l’Himalaya. La partie nord du pays est majoritairement peuplée de bouddhistes alors que le sud, proche de l’Inde, est de tradition hindoue. Il est courant de voir Hindous et Bouddhistes aller prier aux temples et apporter des offrandes pour espérer leur bénédiction, tant dans la sphère publique que privée.

Amritsar et le Temple d’Or, bienvenue au pays des Sikhs

A notre arrivée en Inde, nous sautons dans le train pour Amritsar, une des villes principales de l’état indien du Pendjab, dans le nord-ouest du pays. C’est surtout la capitale religieuse des Sikhs. Né à la fin du 15ème siècle, le Sikhisme se veut prendre le meilleur de ses deux frères ainés que sont l’Islam et l’Hindouisme. C’est une religion monothéiste mais qui croit aux cycles de réincarnation éternelle.

Nous sommes accueillis par Singh, notre hôte Couchsurfing, dans sa modeste demeure…aux alentours d’Amritsar.

D’emblée nous avons un coup de cœur pour les Sikhs puis pour le Temple d’Or, qui abrite leur livre sacré. Ce sont généralement de solides gaillards. Ils ont cinq signes d’appartenance au Sikhisme qu’ils se doivent de respecter toute leur vie : ne jamais se couper les cheveux ni la barbe, porter un turban maintenant les cheveux – celui-ci est différent selon que l’homme est marié ou célibataire-, arborer un poignard à la ceinture, porter un caleçon ample en guise de sous-vêtement ainsi qu’un bracelet en acier au poignet.Si leur regard peut paraître sévère au premier abord, la plupart d’entre eux est ravie d’échanger avec nous et fait preuve de bienveillance à notre égard. Ils nous demandent d’où nous venons avant de nous expliquer l’histoire de cet endroit et son importance à leurs yeux.

Nous passons la journée au Temple d’Or, pour nous imprégner de l’atmosphère mystique qui se dégage de ce haut lieu de pèlerinage. Nous en profitons pour demander à de jeunes sikhs quels sont leurs rêves. Nous ne sommes pas déçus. L’un désire vivre dans la foi pour ensuite rejoindre son Seigneur, ici, au Temple d’Or. Tandis qu’un autre veut s’inspirer du Guru Granth Sahib – le livre sacré de 1430 pages que les prêtres lisent dans divers endroits du temple pendant 46h, sans une minute de répit – pour faire évoluer la médecine en Inde.

Dans l’antique Bénarès, mort et vie sur les rives du Gange

Autrefois appelée Bénarès, Varanasi est située dans l’état de l’Uttar Pradesh, dans le nord-est du pays. C’est une des villes les plus saintes de l’hindouisme mais aussi l’une des plus anciennement habitées.

Après avoir pris nos quartiers sur le toit de notre nouvel hôte Couchsurfing à Varanasi, nous nous rendons sur les fameux *ghât : *ces marches qui bordent le Gange et qui mènent chaque pèlerin au pied de l’eau sacrée. La ville en possède près de cent. Des hindous des quatre coins de l’Inde y viennent pour se baigner, se laver et prier dans le Gange. Le soir venu, nous assistons à l’incroyable spectacle de la Puja. Au cours de cette cérémonie, des prêtres vêtus de toges enchainent prières et offrandes au fleuve sacré.

Dans la religion hindoue, mourir à Varanasi permet d’en finir avec le cycle des réincarnations (le samsara) et d’atteindre la moksha (l’équivalent du nirvana pour les bouddhistes). Les hindous sont donc nombreux à vouloir finir leurs jours à Varanasi. Nous nous rendons au *Manikarnika Ghat, *un des deux *ghâts *où se déroulent les crémations. Nous assistons à un rituel très organisé et tout aussi impressionnant pour nous, qui avons une conception de la mort ô combien éloignée de celle des hindous.

Pour nous remettre de nos émotions, nous installons le Bureau sur les ghâts et nous employons à attirer le chaland. Babu, notre interprète, est marié à une japonaise. Il a les aspirations légitimes d’un jeune époux : gagner plus d’argent pour répondre aux besoins de sa famille, ici, à Varanasi. Ensuite nous avons l’honneur d’interviewer un Brahman. Membre de la plus haute caste d’Inde, il dit vouloir rester toute sa vie à Varanasi, sa ville natale. Il dénonce le pouvoir néfaste de l’argent et affirme désirer garder un rythme de vie sain. Enfin, de jeunes étudiantes à l’université de la ville se présentent. Ce sont trois sœurs. La première veut être ingénieur et développer des logiciels qui serviraient aux personnes défavorisées dans les villages alentours. La seconde souhaite devenir cardiologue pour sauver des vies. Enfin, la dernière rêve d’être une actrice célèbre de Bollywood. Elle dit en avoir assez des inégalités entre les hommes et les femmes. « En Inde, les femmes doivent encore rester à la maison. Mais moi, je veux faire ce qu’il me plait. La vie d’actrice est géniale ! Je serai libre ! » Nous déclare t-elle.

Un mariage bengali à Calcutta, la Cité de la Joie.

Pour les uns Calcutta est une ville dantesque, pour les autres une ville égout où croupie la lie de l’humanité. Pour nous et pour bien d’autres c’est la Cité de la Joie comme l’a popularisé Dominique Lapierre en choisissant ce surnom de Calcutta comme titre de son best-seller.

Calcutta fut un temps la capitale du régime colonial britannique, le Raj. Elle conserve donc un cachet colonial, délicatement fané.

Nous avons l’honneur d’être invités au mariage de mon ancien colocataire lorsque j’étudiais en Israël, Udayan. Cet ami bengali de 34 ans se marie à Rajesree. Dans un premier temps il tient à nous offrir les plus belles parures. Ni une ni deux, nous voilà vêtus de tuniques traditionnelles indiennes. Pendant les cinq prochains jours nous allons avoir la chance d’assister aux innombrables rituels et autres cérémonies propres aux mariages indiens, et bengalis en particulier. Il convient de préciser que c’est un mariage arrangé, comme cela se fait encore beaucoup en Inde. Au cours des cérémonies, le prêtre récite des cantiques sans fin. Les mariés sont assis l’un en face de l’autre, le regard fuyant. Ils se connaissent à peine. Un soir, lors de la dernière cérémonie, nous leur demandons leurs rêves, individuels et collectifs. Uday prend la parole. « Je rêve de voyager comme vous le faites, de découvrir d’autres cultures, d’autres personnes. C’est très important pour moi et je suis convaincu du bien-fondé du voyage. » Quand à la mariée : « Mon rêve est de devenir peintre. Je ne sais pas quand ni comment, mais j’aimerais bien. » Enfin, tous deux se rejoignent sur un rêve, celui « d’avancer ensemble, sur un même chemin. » Un chemin de rêve ?

Louis-Hubert

Photos du tronçon

Tout l’album sur Flickr