Le Bureau des Rêves

#8 · Amérique du Sud

Buenos Aires > Salar d’Uyuni

mai – juin 2015 · Stop et marche

Vidéo en cours de montage

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D'UN CONTINENT A L'AUTRE

6 mai 2015. Il est temps pour nous de s’arracher au doux climat du Cap, ville peuplée de vignes et de délicieux restaurants de bord de mer. Nous sommes alors propulsés vers l’Amérique Latine pour le troisième tronçon de notre aventure.

Arrivés à Buenos Aires, nous retrouvons dans les rues de la capitale une ambiance latine qui nous est familière. Nous nous réconcilions avec la gastronomie en nous régalant d’empanadas croustillantes, de « bife de lomo » fondant, le tout arrosé d’un délicieux vin de la province de Mendoza. Il faut aussi nous remettre à l’espagnol ou plutôt à l’argentin avec cette prononciation si caractéristique, à mi-chemin entre le « cho » et le « jo ». On s’y fait vite et ça fait du bien de changer de l’anglais qui nous avait suivi depuis le Népal. Ça promet des interviews aux accents chaleureux !

Nous sautons ensuite dans un ferry pour traverser le Rio de la Plata afin de rejoindre l’Uruguay où nous attend la tante de Louis-Hubert. Nous débarquons dans une hacienda au milieu de la pampa où sont élevés d’énormes Angus, Hereford, et autres races de vaches laitières ou à viande. Nous découvrons aussi les chevaux arabes, si racés avec leur tête très expressive terminée par de fins naseaux très ouverts. C’est l’occasion de s’entretenir avec les personnes qui s’occupent des différents élevages : les gauchos, ce fameux peuple de gardiens de troupeaux de la pampa sud-américaine. Nous profitons aussi de cette pause pour éditer nos deux vidéos africaines à coup de litres de café et de cartouches de cigarettes.

POUCE LEVE ET DESILLUSION

Rentrés à Buenos Aires, c’est parti pour le prochain défi : parcourir les 1500 kms qui nous séparent de la province de Salta, au Nord de l’Argentine… en stop. Tous les argentins nous disent que c’est une mauvaise idée, que les routes ne sont pas sûres et que de ce fait, les conducteurs ne s’arrêtent pas. Mais sûrs de notre expérience en Afrique, nous partons sereinement sur les routes argentines, le pouce fièrement levé.

Nous déchantons vite ! Les heures défilent sur le bord de la route alors que nous attendons un généreux automobiliste. Pour ne rien arranger, c’est un soir de match de football. Aucun argentin ne se risquerait dehors, ce sport est quasiment une religion ici. Une voiture finit par avoir pitié de nous et s’arrête à notre hauteur. Raul, qui sauve notre journée, nous dresse rapidement un tableau très sombre de la situation de son pays et nous fait un véritable cours de macro-économie. Méfiance envers les banques, taux de change multiple et populisme exacerbé du gouvernement Kirchner, tout y passe. Il nous confie même que si elle est réélue aux prochaines élections en Octobre prochain, il quittera le pays. Nous atterrissons vers 23h dans une station-service sur une route miteuse au bord de laquelle nous plantons la tente. Nous avons fait 125 kms…

Trois jours et 15 véhicules plus tard, nous arrivons enfin dans la magnifique province de Salta, notre récompense ! Nous parcourrons dans tous les sens cette région aux noms magiques : Cafayate, Cachi,Purmamarca et ses collines aux sept couleurs, la gorge du diable, la quebrada de la conchas, …

LA TRAVERSEE DE L’ALTIPLANO BOLIVIEN A PIED

Nous décidons ensuite de passer au Chili en stop pour rejoindre San Pedro de Atacama, d’où il nous faudra préparer notre premier trek sur le sol Sud-Américain. L’objectif est de traverser le Sud-Lipez Bolivien puis le Salar d’Uyuni, le fameux désert de sel. Le problème est que nous nous trouvons dans une zone désertique à 4000 mètres d’altitude avec des températures pouvant descendre à -15 degrés pendant la nuit.

Cela nécessite un minimum de préparation. Nous décidons d’acheter les 15 jours de nourriture que nous répartissons dans des cartons. Nous les confions en tremblant aux conducteurs de 4×4 qui emmènent les touristes dans cette zone. Ces derniers les déposent dans certains refuges où nous pourront les récupérer en passant. Nous prions pour qu’ils arrivent à bon port !

Nous lâchons les touristes à la frontière et partons pour 15 jours de marche. Les sacs pèsent lourds sur les épaules. Depuis la Russie nous nous sommes bien allégés et ne portons maintenant que le strict minimum, adapté aux milieux dans lesquels nous évoluons. Malgré cela, il nous faut prendre une réserve d’eau conséquente et la nourriture nécessaire pour 4 jours.

Nous sommes rapidement récompensés par les magnifiques paysages que nous traversons. Les immenses lagunes de toutes les couleurs, les cols hauts perchés qui nous offrent des vues imprenables, les montagnes de sable serties de rocher épars, comme tombés du ciel.

Et soudain c’est le mal de l’altitude qui me tombe dessus, interrompant ma méditation. On m’avait toujours décrit cette étau qui vous compresse la tête. Sauf que l’étau aujourd’hui, il est à l’intérieur de mon crâne, lancinant. Impossible de s’en débarrasser ! Le dos commence à faire des siennes lui aussi et se plaint des 20 kg qu’il doit supporter des heures durant. Toute l’attention se focalise soudain sur ce caillou qui s’est glissé dans la chaussure, cette vrille dans la tête, la lanière du sac qui vous laboure l’épaule.

Epuisés, nous nous écroulons à 17h30 après avoir rapidement monté la tente. La température descend à -10 degrés et le mal de crâne se fait de plus en plus sentir. Mauvaise nuit.

Nous continuons à avancer dans ces lieux enchanteurs et petit à petit la marche se fait de plus en plus agréable, les pas de moins en moins lourds. Notre esprit dérive lentement et nous emmène dans une rêverie éveillée qui nous occupe pendant ces longues heures de marche. On comprend peu à peu ce qui a poussé Alexandre et Sonia Poussin à partir pour 3 ans de marche en Afrique (Africa Trek).

ENTRE SEL ET TERRE

Après avoir récupéré notre deuxième carton de nourriture dans un refuge construit entièrement en sel, c’est l’heure d’attaquer la traversée du Salar ! 90 kms de traversée sur cette vaste croûte de sel, sac au dos. Au moment de mettre le pied dessus, un vent violent nous fouette le visage. Nous évoluons sur un sol grisâtre pas très engageant mais trouvons bien vite le sel blanc et craquant qui s’étale à perte de vue. Impossible de savoir si nous avançons vraiment, tant le sol est uniforme. Nous avons parfois l’impression de marcher sur un vaste tapis roulant. Seule la consultation de notre montre nous permet de constater notre avancée. Vers 18h nous plantons la tente sous un vent puissant. Nous sommes seuls au monde sur ce vaste océan de sel. La nuit, le thermomètre affiche - 15 degrés. Je suis arrivé à la limite de mon sac de couchage Quechua…

Parfois nous rencontrons de petites îles de terre et de cactus qui nous raccrochent à la réalité. Le troisième jour de marche, nous parcourront difficilement les 30 kilomètres qui nous séparent de Colchani, la sortie du désert de sel. Nous commençons à marcher bizarrement, les muscles endoloris. La folie nous guette, il est temps d’arriver !

Nous arrivons enfin sur la terre ferme après ces trois jours de traversée. Nous sommes pris en stop par un militaire Bolivien qui cartographie la région. Il nous dépose dans la ville d’Uyuni ou nous nous offrons deux énormes pizzas arrosées d’une bonne bouteille de vin. Nous réalisons que cela fait plus de deux semaines que nous n’avons pas été dans une pièce chauffée, et ça fait du bien !

Merci encore à tous ceux qui nous ont aidé et merci à vous tous de nous suivre !

Thibault

Photos du tronçon

Tout l’album sur Flickr