Le 25 mars 2015, un mois après notre départ de Dar Es Salaam, en Tanzanie, nous sommes prêts à entamer la deuxième partie de notre traversée de l’Afrique australe. Le temps presse, il nous faut rejoindre Windhoek, la capitale namibienne, au plus vite. La ligne d’arrivée de ce deuxième et dernier tronçon en Afrique est Le Cap. Il faut nous hâter afin d’avoir le temps de pédaler les mille cinq cents kilomètres entre Windhoek et la capitale de la province du Cap-Occidental. Nous nous postons à la sortie de Livingstone. La ville qui porte le nom du célèbre explorateur anglais – qui révéla notamment à l’Europe l’existence des spectaculaires chutes Victoria – se situe au carrefour de la Zambie, du Botswana, du Zimbabwe et enfin de la Namibie. Nous sommes pris en stop par deux pick-up et un poids-lourd. Mille kilomètres, une frontière et une nouvelle nuit sur le parking d’une station service plus loin, nous atteignons la capitale namibienne.
Nathalie et Alexander nous accueillent chaleureusement dans leur charmante maison d’hôte. Dans ces moments nous sommes heureux de retrouver la civilisation.
LA TRAVERSEE DU DESERT
Il est temps de partir ! Nous nous élançons sur la route B1 en direction de Rehoboth, quatre-vingt kilomètres au sud. D’asphalte la route est encore recouverte. Jusqu’ici tout va bien…ou presque. Trente kilomètres avant d’atteindre notre modeste objectif de la journée, nos pneus sont à plat. Une sérieuse révision de nos montures s’impose avant d’entamer les quelques mille kilomètres de traversée du Namib.

Il est considéré comme le plus vieux désert de la planète. Ça ne fait pas avancer le schmilblick tout ça. Notre intérêt réside plutôt dans le fait que son nom signifie « grand vide », que ce soit une des régions les plus arides au monde et dans l’état des pistes. Pendant la préparation de ce tronçon, nous avons consulté l’avis du guide Lonely Planet sur « Comment se déplacer en Namibie » :
On n’aurait pas pu mieux écrire…Forts de cette opinion, nous prenons soin de choisir une heure propice pour faire notre entrée triomphale sur la piste. Il est midi, il fait quarante degrés à l’ombre. On n’échappe pas à ce qui semble être une règle : Trente minutes après avoir donné le premier coup de pédale, un bruit sourd me fait sourciller. J’arrête la le récit de nos crevaisons. Elles se compteront bientôt par dizaines. Les épines semblent avoir été consciencieusement disposées sur la piste de façon à pénétrer dans nos pneus usés avec la plus grande facilité.
La tôle ondulée, notre cauchemar. Ces rides transversales régulières qui apparaissent, au passage de véhicules, sur les routes de terre ou de sable, auront raison de presque toutes les pièces qui composent nos vélos (porte-bagage dessoudé, roue voilée, axe de roue cassé). Il ne nous reste qu’à en endurer stoïquement les cahots.

Au soir du premier jour, nous avons pédalé la modeste distance de cinquante kilomètres. Notre moral en a pris un coup. Nous ne savons pas trop dans quoi nous nous sommes lancés. Les pensées les plus folles nous traversent l’esprit :
« Est-ce qu’on ne devrait pas plutôt faire du stop ? »
« A quoi bon pédaler sur cette foutue piste par cette chaleur ? »

« En plus il n’y a pas âme qui vive à moins de 100 kilomètres ! Qui nous retrouvera si il nous arrive quelque chose !?»
« Je veux pas finir comme le type de 127H moi ! »…
Le lendemain matin, nous sommes salués par un superbe arc-en-ciel au sortir de la tente, l’air de dire : « Allez les gars, du cran pardi ! ». Cela achève de nous remettre les idées en place après une bonne nuit de sommeil. Les jours passent, avec les kilomètres. Nous tentons de prendre nos marques dans cet environnement hostile. Cela passe notamment par la mise en place de rituels du quotidien : petit-déjeuner, plier la tente, installer les bagages sur les vélos, pédaler une centaine de kilomètres par jour ponctués de pauses (à l’ombre d’un buisson dans la mesure du possible), boire entre quatre et six litres d’eau, installer la tente, lire et diner avant l’extinction des feux vers 21h. Les menus sont des plus riches et variés. Pour le petit-déjeuner nous avons mis au point une recette savante à base de porridge et de Weet-Bix™. Ces céréales possèdent des qualités nutritives et fournissent l’énergie dont nous avons besoin pour affronter les épreuves qui nous attendent pendant la journée. Au déjeuner et au diner nous hésitons souvent entre de sophistiqués sandwichs à la tomate et des conserves de légumes de bon goût.

L’environnement dans lequel nous évoluons a beau être inhospitalier, il n’en est que plus majestueux. Celle que nous appelons désormais Planète Namibie nous gratifie de ses plus beaux atours à chaque heure de la journée. La piste est tantôt blanche, grise, presque rose, tantôt beige, jaune ou ocre. L’horizon brule. Les dunes de sable rouge, voyant s’annoncer l’hiver australe, commencent de revêtir leur manteau buissonnant. De bleu les montagnes du Naukluft se parent à l’aube. Elles sont si coquettes qu’elles changent d’effets jusqu’à l’apparition du rayon vert. Alors on les retrouve habillées de rose, rien que pour nos yeux.
Naturellement le charme n’opérerait pas sans les augustes oryx, dont les troupeaux croisent régulièrement notre route, les antilopes, les zèbres et les autruches qui habitent la région.
Naturellement le charme n’opérerait pas sans les augustes oryx, dont les troupeaux croisent régulièrement notre route, les antilopes, les zèbres et les autruches qui habitent la région.

A LA MOITIE DU VOYAGE : QUID DU BILAN ?
Un voyage à partager
Nous y sommes : le 14 avril 2015 marque notre passage à la deuxième moitié de notre voyage. C’est l’occasion de revenir sur ces six premiers mois.
Un des sujets qui intrigue le plus et par conséquent sur lequel on nous interroge régulièrement est notre relation avec Thibault. Il est donc utile de vous dévoiler quelques dessous de l’affaire. Choisir de faire un tel périple avec un compagnon c’est choisir de vivre à deux pendant un an, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept ou presque. S’endormir et se réveiller à côté de la même personne, partager ses repas, être assis côte à côte en voiture, en bus, en train, en avion ! Rares sont les instants où l’acolyte n’est pas dans notre champ de vision, où l’on n’entend pas le son de sa voix. Chaque jour il nous faut prendre quantité de décisions, si banales soient-elles. Il faut alors composer avec son camarade, user de diplomatie et le plus souvent trouver un compromis pour satisfaire les deux parties. L’itinéraire à suivre, le budget, la nourriture, le temps dont on dispose : autant de sujets à traiter au quotidien. En fin de compte vivre à deux constitue le plus grand défi de notre voyage. Mais n’est-ce pas un des plus beaux apprentissages que l’école du voyage peut nous apporter ? A ce stade du voyage je ne doute pas que ce soit un excellent exercice que de partager cette expérience et de communiquer entre nous le plus possible en vue de sa réussite. Ensemble nous sommes en train de réaliser un de nos rêves !
Un des principaux facteurs clés de succès de cette première partie de voyage fut à n’en pas douter les rencontres faites en chemin. Depuis notre départ de France le 14 octobre, nous n’avons cessé de voir de nouveaux visages, de nouvelles expressions, d’entendre des histoires aussi captivantes qu’insolites. De la Pologne à l’Afrique du Sud en passant par la Russie et l’Inde, l’hospitalité des populations locales n’a jamais failli et leur accueil a toujours été à la hauteur de notre curiosité, de notre soif de découverte. Nous avons interviewé environ deux cent rêveurs et rencontré des centaines d’autres. Le thème du rêve se marrie à merveille avec le Voyage et nous permet toujours d’approfondir nos échanges avec les habitants des pays que nous traversons.

**Quoi que tu rêves d’entreprendre, commence-le. L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie. » **Johann Wolfgang von Goethe
L’Aventure ou l’esprit d’aventure ?
Elle nous comble chaque jour. La prise de risque, la soif de découverte, les rencontres mais aussi les déboires et la fatigue. Autant de récompenses pour avoir fait le choix de partir. L’esprit d’aventure, que Patrice Franceschi définit comme « une vision libérée du monde qui ose agir sur la vie pour la rendre plus féconde. » me paraît plus que jamais capital à notre épanouissement dans la société. La capacité à prendre des risques me semble conditionner la nature de notre vie dans un environnement où le principe de précaution est devenu roi. Cette capacité s’appuie toujours sur un certain mépris du confort et de la sécurité, aussi bien intellectuel que physique.
Le 27 avril 2015, nous atteignons la ligne d’arrivée au Cap, après trois mille kilomètres en vélo, 2.000 en autostop et 1.000 en train. Nous y retrouvons avec joie mes parents qui sont venus nous rendre visite pour quelques jours. Notre entrée dans la capitale de la province du Cap-Occidental est justement synonyme de notre retour au confort, puisque nous sommes très gentiment accueillis chez des membres de ma famille, installés ici depuis de nombreuses années. Si nous nous sentions dans notre élément au milieu des zèbres et des autruches, prétendre que nous n’avions pas hâte de retrouver ledit confort serait malhonnête. Pourtant nous avons éprouvé quelques difficultés à retrouver nos marques dans ce monde dont nous nous étions éloigné plus que nous ne pensions. Rassurez-vous, ce fut chose faite après quelques jours passés à visiter la splendide région du Cap !

Dans quelques jours nous nous envolerons pour Buenos Aires et l’Amérique latine, le troisième continent de notre odyssée des rêves ! Merci à vous tous, nos rêveurs, de continuer à nous suivre !
Louis-Hubert

















